
Jusqu’à présent nous avons vu jouer un instrument acoustique, et en même temps la diffusion du son transformé se faisait via un haut-parleur. Sauf bien évidemment pour le piano à résonateur magnétique, le disklavier ou la sourdine E-Mute faite avec le haut-parleur pour le trombone.
Ceci nous fait deux sources sonores indépendantes : l’instrument et un ou plusieurs haut-parleurs. C’est le cas classique quand on joue avec instrument et électronique.
Une autre solution existe pour diffuser le son transformé. Il s’agit d’utiliser l’instrument même comme un haut-parleur. C’est précisément le projet de lutherie augmenté à l’IRCAM, où l’on place les actionneurs-vibreurs directement sur le corps de l’instrument – par exemple le violon.

Le violon fait alors amplifier le signal arrivé depuis l’ordinateur, exactement comme il le fait pour ses propres cordes. Le son produit par le violon va donc être mélangé à l’intérieur même de l’instrument avec le son traité par l’ordinateur.
Et comme de par hasard, une des premières applications industrielles de cette technologie est pour la guitare.
La guitare acoustique proposée par la société HyVibe créée en 2017 possède donc un ordinateur embarqué et de petits actionneurs pour faire vibrer la table d’harmonie de la guitare. Le traitement du son de la guitare peut ainsi être diffusé par l’instrument lui-même sans nécessiter un quelconque amplificateur et haut-parleur extérieur.
D’autres entreprises proposent cette technologie, comme par exemple ToneWoodAmp qui propose un système astucieux qu’il est possible de placer sur toute guitare acoustique.
Enfin, la guitare Lava, qui est faite entièrement de fibre de carbone, utilise la même technologie pour réinjecter le son transformé dans le corps de l’instrument.


L’avantage de cette fusion instrument-augmentation est de ne pas nécessiter de matériel encombrant ni d’installation particulière pour bénéficier des nouvelles possibilités sonores.
Dans cette lignée nous retrouvons le Modalio – extension d’augmentation sonore pour orgue. Préinstallé et préréglé pour l’instrument et l’acoustique du lieu, il devient partie intégrante de l’instrument lui-même. Bien sûr les sources sonores restent séparées : les tuyaux pour le son acoustique et des haut-parleurs pour le son électroniquement transformé. En revanche, dans le cas particulier de l’orgue, l’espace même dans lequel l’instrument se trouve fait partie de l’instrument et agit comme sa caisse de résonance. Ainsi les deux sources se retrouvent naturellement mélangées.
Voilà en revue quelques instruments dits augmentés qui vont révolutionner ou non, cela reste à voir, la lutherie musicale. Nous avons à présent terminé cette série d’articles, mais d’autres suivront sur le même sujet.